Couleurs de Vie

Rire pour cacher ses souffrances, rire encore plus fort pour étouffer ses larmes

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Tu attends quoi ?

J’ai toujours pensé qu’être de ce monde était quelque chose d’assez difficile mais être femme : C’est quelque chose.

Je suis une femme qu’on pourrait qualifiée de parfaitement bâtie.  Avec un derrière élégamment rebondi, une poitrine bien généreuse, des lèvres pulpeuses, un ventre plat qui met en valeur de façon impressionnante les courbes magnifiques que dame nature m’a gracieusement offertes. Je suis ce qu’on pourrait considérer comme l’idéal féminin de l’homme africain. En plus de ces atouts physiques, je suis une fille généreuse, rayonnante de joie qui sait croquer la vie à pleine dents. Le genre de fille que toute personne normalement constituée qualifierait de délicieuse dans le fond comme  dans la forme.  Après cette très belle description vous vous demandez certainement où est le hic ? Qu’est ce qui cloche ? Eh bien  tenez-vous tranquille,  le seul  et unique hic c’est ce  « célibat » qui  me colle à la peau comme le « came no go ». Qui n’a pas connu cette maladie de la peau ? Une maladie tenace qu’on avait surnommée à une certaine époque le « nkolo nkolo came no go ». Une fois qu’elle s’agrippait à votre peau elle ne vous lâchait plus. Il vous fallait des jours et des jours de cure pour qu’elle s’en aille.

En plus pour ne pas arranger ma situation, je vis encore chez mes parents et  beaucoup de gens se demandent depuis un bon bout de temps déjà je crois « mais quand est ce qu’elle part? », je peux le voir dans leur regard inquisiteur. Les plus intrépides me lancent cette phrase qui peut procurer une crise cardiaque à toute célibataire qui se respecte: « Tu te maries quand ? » ou encore « tu attends quoi ? ». Parfois l’envie me prends de leur répondre: « Eh beuh… mon prince charmant !» simplement pour voir la tête qu’ils feront.

À la maison, je suis identique à ce vieux meuble encombrant dont tout le monde veut se débarrasser mais personne n’a suffisamment de cran pour le faire.  Je peux distinctement lire dans leur regard et leurs expressions faciales le souhait de me voir dégager au plus vite.  Mais, à bien y réfléchir, j’aurai certainement dû écouter les conseils avisés de ma vieille tante qui avait essayée tant bien que mal de me mettre en garde huit années plutôt : « Tu restes cloitrée comme un meuble dans cette maison comme ça tu penses que c’est d’ici que ton mari viendra te trouver ?»  Cette phrase elle me l’avait lancée lors du séjour d’un Ministre de la République dans notre village. Il y était pour  un deuil. Toutes les jeunes filles s’y étaient rendues avec une attitude presque exhibitionniste dévoilant toutes les ressources qu’elles pouvaient disposer. Et moi qu’avais-je fait ? Je n’avais pas cerné la subtilité de ce message qu’elle essayait tant bien que mal de me le faire passer : le mariage bien plus qu’une quête, est une conquête, une chasse. Mais moi enrobée dans toute ma naïveté, je l’avais orgueilleusement ris au nez: « je ne suis pas pressée ». Avais-je répondu.  Je m’en fichais totalement de tous ces délires parce que j’étais habitée par la certitude que tout devait se faire aussi naturellement comme à l’arrivée de mes premières menstrues. J’étais persuadée que la providence mettrait sur mon chemin l’amour de ma vie comme on en voit dans les romans d’amour. Un homme capable de susciter à l’entièreté de mon être le sentiment d’être rare, unique et absolument extraordinaire. Un homme qui combinerait à la fois élégance,  richesse,  beauté et sensualité, des critères clé d’une « union parfaite ».  Résultat des courses, j’étais là assise dans nos vieux canapés à me gratter le derrière et à rouspéter toute la journée.

Un soir, après mûre réflexion sur ma situation, j’ai décidé que les choses devaient changer.  Ce célèbre cantique « Parler encore ! pipipip parler encore !» que mes parents avaient entendu tant de fois de la bouche des autres devait également sortir des leurs. J’entreprenais ainsi de briser ce joug  du célibat  et de lancer officiellement  « l’opération mariage à tout prix ». Pour ce faire,  il fallait s’attaquer au mal par la racine. À la suite d’une bonne autopsie situationnelle,  je suis arrivée à la conclusion que cette histoire de célibat ne pouvait pas être une « simple » affaire, il devait y avoir quelque chose de louche qui s’y cachait. C’est vrai que j’avais planifié sans jamais l’exécuté d’aller voir une « magni see » une sorte de voyante qu’on consulte généralement quand une situation est au-delà de nos compétences, mais l’audace m’avait jusqu’ici manqué.

La « magni see » pouvait venir à bout de toutes les situations mystiques, après consultation, la solution se situait entre le « blindage », une forme de scarification corporelle efficace pour mettre hors d’état de nuire « les sorciers » et « les vampires ». Ou le lavage  qui est une composition de diverses plantes associée à de l’eau, idéal pour  laver la malchance.  Cette fois, étant définitivement convaincue d’être sous le coup du « ndo », ma décision d’aller me « laver » était sans appel.  J’avais décidé de mettre en pratique les conseils de la vieille. Il n’était plus question d’attendre passivement un mari désormais je devais aller moi-même le dénicher. En outre, pour mettre toutes les chances de mon côté, j’étais résolue à faire dans  du mix c’est-à-dire du laid, du beau, du riche ou du pauvre, bref  tout cela ne devait avoir qu’une seule rythmique : « mariage, mariage et mariage ». J’étais prête à faire même du recyclage : veuf et divorcé, pour la simple raison que la finalité de ma quête était ma motivation, le reste n’avait pas d’importance.

A la suite du lavage, j’ai intégré un groupe de choristes sous les recommandations d’une amie car d’après elle,  c’était un positionnement tactique sous deux angles : premièrement, être  vue dans toute l’église et deuxièmement satisfaire la tendance actuelle du penchant masculin pour les femmes chrétiennes.  Je me devais d’être une  simple chrétienne du dimanche parce que trop aimer Dieu  les faisait flipper et même fuir. Il fallait donc non seulement se conformer au standard des femmes « épousables » mais également lancer des attaques multiples. J’étais dorénavant en poste, la bataille était lancée sur plusieurs fronts et ma promo en marche.

Finalement, après avoir passée des mois et des mois à faire du  « branding », à multiplier les attaques afin de prendre au filet n’importe quel mec,  je me suis retrouvée complètement épuisée. Fatiguée des promesses qui ne se concrétisaient pas, fatiguée d’essayer de correspondre au standard de  femmes « épousables ». Dans cette quête folle, une lumière  a jailli en moi tel un éclair dans un ciel assombri par des nuages. Je me suis mise à percevoir les choses d’une manière tout à fait différente. Il n’était plus question de répondre aux exigences d’une société à qui je ne devais rien. Je devais désormais être à même de faire mes propres choix, mes propres erreurs et par-dessus toute chose avoir tout simplement le courage de les assumer.  J’ai réalisé tardivement peut être que ce qui importait c’était moi…eh oui moi,  Mbala Ange. Cette magnifique jeune fille de 28 ans, célibataire, sans enfants et qui squatte encore chez ses parents.

2 commentaires

  1. Merci pour ce beau texte Carole….le célibat devrait être considéré comme un stage, un moment de préparation et d’amélioration de nos attitudes et aptitudes….un moment ou nous devrions entreprendre, se lancer dans une activité rémunératrice susceptible de nous ouvrir de belles et riches portes…. et surtout un moment ou nous avons encore le choix de faire le BON choix

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