Couleurs de Vie

Rire pour cacher ses souffrances, rire encore plus fort pour étouffer ses larmes

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Prise au piège

Pourquoi ne l’ai-je pas fait ?

Cette question trottait sans cesse dans ma tête, plus j’y pensais plus je m’en voulais d’avoir manqué d’audace, d’avoir été si lâche et surtout  si peu entreprenante. Je n’en revenais pas. Après tous ces efforts fournis je me retrouvais implacablement dos au mur, abasourdie par ma propre torpeur, j’essayais de chasser ces souvenirs de mes pensées, mais peine perdue. Les bruits autour de moi ne m’étaient guerre d’un grand secours.

Assise derrière ce bus qui me conduisait dans ma ville natale, j’avais les yeux rivés vers la fenêtre, j’observais les montagnes qui se succédaient tout au long du chemin. Elles étaient parées d’une verdure qui leur donnait une coloration extraordinairement splendide.  Le chauffeur  du bus avait mis en fond sonore ce titre de  Johnny Drille « Romeo and Juliet »  qui s’infiltrait avec finesse dans mes oreilles. Cette mélodie avait en soi un effet d’hypnose. Elle me  plongeait dans ces souvenirs que je cherchais désespérément à refouler, à éloigner le plus loin possible de moi.  Et puis, las d’essayer de m’en défaire, j’entrepris de me remémorer le reste de la soirée avec mon inconnu.

C’était un « parfait gentleman » caché sous les décombres  de la négligence et du désordre.  Sa barde naissance et  ses cheveux ébouriffés souffraient visiblement d’un manque criard d’entretien pourtant tout ceci n’enlevait rien au charme qu’il dégageait. Il s’était proposé quelques minutes plus tôt de m’offrir une boisson gazeuse.  J’avais demandé de l’eau pour une raison que moi-même j’ignorais, c’était probablement pour faire bonne figure ou pour avoir l’air plus intéressante. L’instant d’après, il se tenait devant moi avec un verre à la main.  Je l’observais désormais avec plus d’attention. Il avait de larges épaules et une peau très foncée. Cette manie qu’il avait de sourire en penchant la tête sur le côté lui donnait un air absolument radieux.

Au bout d’un moment debout,  il décida de  prendre place en face de moi éventuellement pour me scruter dans les moindres détails. Les échanges allaient bon train.  En dépit du ton rassurant que traduisait la douceur de sa voix, j’avais du mal à me sentir dans mon aise et à placer les mots dans un ordre structuré et cohérent. Ils s’évadaient de ma bouche de façon dispersée.  Et me faisaient perdre complètement pieds tel un cheval face au danger, je m’emballais et m’en  mêlais entièrement les sabots. Il s’exprimait d’un ton calme,  très posé à la fois, ma maladresse incessante devait le faire intérieurement mourir de rire.

Plongée dans ce divan qu’il m’avait gracieusement proposé, je souriais à la moindre occasion comme toutes ces demoiselles  de télé-réalités. Je riais à toutes ses blagues même celles qui n’avaient aucun brin d’humour.  Je me souviens à un moment de la soirée avoir  applaudie tel un fan hystérique du Paris Saint Germain ou mieux encore de l’Aigle Royal de la Menoua. Il faut l’avouer,  je versais totalement dans le ridicule. J’avais juste une envie, disparaître, m’envoler ou encore me fondre intégralement. Et c’est à cet instant précis, probablement  avait-il remarqué mon embarras qu’il plongea profondément son regard dans le mien. Telle une petite enfant prise sous le coup d’une faute, je baissais les yeux en fourrant machinalement mes doigts dans mes cheveux. L’instant d’après, il surgissait devant moi, me relevant  obligeamment le menton dont il s’était emparé. Ce  regard intense déboucha  sur un sourire complice d’une indescriptible profondeur. J’eu le souffle coupé.  Je le trouvais irrésistiblement beau et ce malgré son accoutrement de mauvais goûts.

En l’espace d’une fraction de secondes, une pensée me traversa  l’esprit et intérieurement je m’exclamai: « ah oui, Monsieur le Maire, je le veux !». Est-ce donc ça le coup de foudre ?  Il laissa tomber mon menton et s’éloigna. Alors, s’installa le rêve.  J’avais cessé d’écouter tout ce qu’il disait. Comme toute femme de mon âge, j’étais témoin d’une probable concrétisation de ce  rêve que nous chérissons toutes: « rencontrer son prince charmant ». J’entrevoyais déjà notre futur à deux, je nous imaginais marié avec de nombreux enfants qui  joueraient  souvent sous la pluie en  s’entremêlant dans la boue. Ce rêve me procura pendant un bon moment un fou rire.

Après plusieurs heures d’échanges sur nos  vies respectives, il était temps de prendre congé.  Alors, il me raccompagna jusqu’à la porte. Débout sur la véranda, sous ce ciel garni d’étoiles, je pouvais entrevoir  les traits de son visage et le contour de ses lèvres. J’étais complètement prise au piège par la sensualité de sa voix. Nous passâmes encore un peu de temps à discuter une dernière fois, repoussant inlassablement le moment crucial où il fallait se séparer. Nous étions là, entre l’attente d’une  moto  et l’instant fatidique où il fallait se dire au revoir. Las d’attendre la moto devant me raccompagner, nous entreprîmes de marcher un peu. Et de bout en bout, nous longions  le chemin menant vers la route principale. Je l’écoutais  avec attention parler de son ambition politique, de sa volonté de devenir un jour Président de la République.  Là, je le stoppai net. Dans un pays comme le mien ?   Où tous ceux qui ont la prétention de convoiter le pouvoir finissent tous en prison ou mort ?  Je ne voulais pas me retrouver privée d’un fiancé potentiel. Dans tous les cas, j’avais déjà une position arrêtée: « on pouvait rêver de tout ici sauf d’être Président de la République ». Pour ce poste pas de débat, même pas pour rire, ou pour faire la comédie. Cette discussion houleuse nous entraîna jusqu’à la route la principale.

Ça y est ! Nous étions arrivés à l’instant décisif de cette soirée, où tout devait se jouer. Il s’arrêta net en faisant  volte-face vers moi, je pouvais déceler dans cette pénombre l’éclat de ses yeux. Nous nous étions là, placés à l’écart dans une touffe d’herbes comme deux adolescents, loin des regards indiscrets. Les bruits incongrus des bars et les odeurs incessantes du poisson braisé n’avaient aucun effet sur nous. Bien au contraire,  il entreprit de me prendre par  la main en se rapprochant subtilement de moi. Parvenu jusqu’à mon niveau, il me prit par la taille,  puis, pour l’encourager dans sa démarche, je l’entourai de mes bras. Tel un fagot de bois bien lacéré, nous étions là « collés serrés », écoutant réciproquement  les battements de nos cœurs. Ensuite, il se pencha délicatement vers moi et  j’entendis ma respiration s’accélérée de plus bel.

Je me répétais sans cesse dans mon for intérieur : « plus que quelques pas », « encore un petit effort », « juste un tout petit pas » et ce désir brûlant de m’imprégner du goût de ses lèvres pouvait être assouvi. Ainsi, j’entrepris de fermer les yeux afin de ressentir tout l’affabilité et la saveur de ce baiser que mes lèvres s’apprêtaient à accueillir.  Quand soudain, contre toute attente, une moto dégoulina dans notre direction en braquant ses phares sur nous. Complètement sous le choc, nous écarquillâmes  les yeux tout en les dirigeant vers ce bensikineur qui s’était pointé pile au bon moment.  Klaxonnant encore  en maintenant  ses phares sur nous,  Il débita tout  une série de mots dont les seules que mon cerveau avait saisi était : « on part ? ».

5 commentaires

  1. trop drole ma soeur, et beau. je me tort encore le rire presentement. je t ai suivie a la lettre dans toutes tes emotions. c est parfaitement bien decris. as tu au moins remarque ce bensquineur,que je lui fasse de belle reproche , pour avoir si ainsi stopper le desir. Que devient l homme du carrefour? et le quotidien de la femme apres….j attends la suite!

    1. Lala Kotto je l’ai même remarqué? Tellement j’étais en colère 😆.
      C’est la suite de l’inconnu du carrefour. Une fois au salon c’est la description qui a continué.
      Ta fidélité m’honore.
      J’espère te revoir une encore…

  2. 😂😂 il vient te couper le goût pourquoi nor On l’a envoyé? C’est quel motoman mal éduqué comme ça? 😂😂
    NB : ton soucis du details pimente encore l’histoire et fais d’avantage rêver 👌🏽
    Cool on attends la suite !!

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