Couleurs de Vie

Rire pour cacher ses souffrances, rire encore plus fort pour étouffer ses larmes

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Ma première fois

 

On dit généralement qu’il est difficile d’oublier sa toute première fois. Surtout lorsqu’on l’a passionnément vécue et encore plus lorsqu’elle nous a marqué de son emprunte.  On se rappelle de chaque douleur, de chaque fou rire et de chaque acte ayant apporté des couleurs et de la valeur à ce minuscule instant.

 Les odeurs et les couleurs de ce moment s’impriment dans notre mémoire sensorielle et alimentent nos souvenirs en nous donnant cette agréable impression d’avoir goutté à quelque chose d’exceptionnelle. Une délicieuse sensation à l’image du goût singulier d’un fruit exotique. Délicatement posé sur notre langue, il nous transporte et nous enivre de plaisir.  Vous vous dites le cœur en joie, net à cet instant où vous sentez avoir atteint l’extase que cela valait la peine de tout sacrifier pour vivre ce moment de magie où tout s’arrête.

La première fois reste une expérience unique que l’on garde précieusement au fond de notre mémoire afin que les souvenirs qui s’y rattachent ne s’altèrent pas avec le temps. Je me souviens de ce bonheur qui s’est affiché sur le visage de maman, le jour où sa fille lui avait annoncé  qu’elle devait être grand-mère. Eh oui, à chaque fois qu’elle en parle j’ai l’impression de revivre ce moment encore et encore. Et je retrouve sur son visage, des expressions multiples qui traduisent une seule et même réalité : le bonheur de la toute première fois. J’en  ai trouvé les mêmes sur le visage de tous ces jeunes de mon quartier qui avaient pu franchir le pas.

Je me rappelle avoir écouté des récits glorieux et même épique à ce sujet. Toutes celles que j’avais entendues jusqu’ici étaient réjouissantes et me donnaient l’envie d’entrer dans la même mouvance et de m’y prêter au jeu. Je me souviens du récit presque poétique qu’une amie m’avait fait avaler. Je bavais lorsqu’elle me le racontait. Je découvrais dans son regard toute la splendeur de cette expérience particulière. Les mots semblaient être insuffisants pour décrire tout son éclat. Il fallait la vivre : Je devais la vivre.  Les mains scotchées à mes joues pour supporter leur poids, j’avais mon regard rivé sur le magnifique spectacle que livraient  ses lèvres, je l’observais avec admiration et  je l’enviais.  Je la trouvais chanceuse. J’avais toujours pensé qu’un jour je sauterai le pas et je manquais de cran pour le faire. Mais des conditions, j’en avais fixées.  D’abord, il me fallait trouver le partenaire idéal. La personne qui pouvait subtilement m’amener à vaincre la peur de me laisser aller. En plus de cela, je voulais choisir le moment parfait, un lieu unique pour cette expérience unique.

Après de longues périodes d’attentes et d’indécision, j’ai fini par  réaliser que le moment parfait était celui qu’on choisissait de créer. Alors, l’annonce des jeux universitaires dans ma ville avait ravivé cette flamme en moi, et  le désir de  passer à l’acte se voulait de plus en plus croissant. Les jeux universitaires étaient le lieu unique et le prétexte parfait que j’avais besoin pour briser cette routine et ces barrières culturelles qui avaient réussies à m’embrigader jusqu’ici. C’est vrai qu’en ma qualité de Chrétienne engagée, j’étais tenue de mettre un frein à ces ardeurs, mais cette soif me dévorait de l’intérieur. J’étais pleinement consciente que je devais la refouler, mais, sur le coup, je voulais juste briser ce conformisme religieux en espérant que Jésus comprendrait. Et puis, n’a-t-on pas coutume de dire qu’il est miséricordieux et amour. Ceci étant, il était mieux placé pour comprendre cette passion qui consumait ma chair. S’étant lui-même livré avec passion jusqu’à la mort pour le pardon de nos péchés, son exemple me donnait le courage de foncer tout droit devant. Et donc, à l’image du Christ, je devais vivre ma passion. Fusse-t-elle néfaste pour moi.

En plus,  le tourbillon de joie qu’entrainait cette rencontre universitaire renforçait en moi le désir de me livrer entièrement. On m’avait longuement affecté à tort ou à raison les attributs d’une fille coincée, carrée, incapable de faire une chose qui sortirait de l’ordinaire.  L’occasion était venue de mettre en déroute toutes ces mauvaises langues qui ne voyaient en moi que la version contemporaine de la mère de Jésus. Tous ces préjugés à mon égard prendraient fin ici et maintenant. C’était décidé.

Je me rappelle que ce matin-là, le soleil était au zénith, aucun signe d’orage à l’horizon. Tout semblait être réuni pour faire de ce jour un moment mémorable. À la fin de ma journée, je suis allée me rafraîchir le corps à la maison. J’avais extrait de mon placard une somptueuse robe  réservée pour l’occasion. Elle dévoilait la morphologie de mes cuisses et son décolleter révélait ma poitrine dans toute sa splendeur. Pour débuter la soirée, nous sommes passés par la case dîner et autres commodités qui entourent un rendez-vous galant.   Pendant ces 60 minutes qui m’ont paru interminables, j’étais tourmentée par cette folle envie qui faisait des ravages dans ma chair.  L’envie de sauter toutes ces étapes et d’aller tout droit au but trottait dans ma tête. J’avais déjà suffisamment patienté et je ne voulais plus en perdre une minute.

C’est dans un espace obscur où s’infiltrait légèrement la lumière que nous avions décidé de parachever le reste de la soirée. À peine avais-je mis le pied dans ce lieu, que mon pool s’accéléra. C’était un voyage au cœur de moi-même que je m’apprêtais à entamer. J’avais peur, très peur même je dirais.  La légère caresse du vent qui se faisait ressentir sur ma peau battait en brèche cette peur qui tentait de s’installer en moi. Mes hormones étaient en alerte, et à l’écoute de sa voix, un éventail de frisson me parcouru le corps. Mon être entier avait soif de cet instant. Oui, je venais de le fixer du regard. Les yeux dans les yeux, il venait de les cligner rien que pour moi et je sentais mon cœur s’enflammer de désir. Je m’autorisais pour cette fois à m’abandonner.

Oui je m’abandonnais à la douceur de cette voix qui venait de me faire perdre complètement le sens de la réalité. Chaque parole qui s’échappait de sa bouche était pour moi un moment de pur bonheur. Nous étions dans une bulle, lui et moi, plus rien n’existait autour de nous. Pendant cet instant de symbiose entre un fan et son idole, j’avais l’impression que quelque chose de puissant et même de magique c’était produit entre nous. Les hurlements des autres fans hystériques semblaient sans importance à ses yeux. Parvenu jusqu’à mes hauteurs,  il m’avait souri. Un bonheur fou s’était emparé de mon être, et le plaisir de participer à mon tout premier concert de musique mondaine m’avait comblé. Il y avait de place ni pour le regret et encore moins pour des sermons. Je ressentais juste ce sentiment immense d’être en vie.

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