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La saison des fiançailles

Plus je grandis plus je réalise que chaque décision que je prends contribue à façonner la femme que je suis en train de devenir.  Je constate que chaque choix opéré au cours de mon existence à participer à faire éclore ce scénario comique à l’intérieur duquel chaque gars s’invite à jouer. Déjà trois fiançailles loupées à mon compteur? Je peine encore à croire. À chaque fois que j’ai l’impression de les avoir entre les mains cela me glisse entre les doigts, un glissement à la camerounaise.

Mes relations ont toujours eu  un cycle de vie prédéfini. Bien qu’indépendant de ma volonté, je n’avais rien fait pour que cela s’estompe.  Parce qu’en réalité,  ne pas choisir de faire quelque chose, c’est aussi choisir de ne pas choisir. On lui avait attribué un nom: le trois-à-six ; ce qui avait débouché sur le  petit nom de la « go du trois-à-six ». Au début de chaque relation nous nous amusons souvent à parier avec des amies sur le temps qu’elle mettrait et généralement elle allait de 3 à 6 mois. Sa récurrence m’avait poussé à  banaliser la situation, j’étais loin de m’imaginer que cela me suivrait probablement tout au long de ma vie.

Jeune, cette règle ne me dérangeait guerre, il y avait tellement de chair fraîche dehors. Je ne voyais pas la nécessité et encore moins la pertinence de me lamenter pour une relation qui tournait au vinaigre.  Chaque rupture était  une opportunité unique pour moi d’explorer de nouvelles sensations, d’expérimenter de nouvelles manières d’aimer et  de me réinventer à chaque fois. Je n’étais pas le genre de fille à se lamenter sur son sort, à crier à qui veut l’entendre qu’on l’a exploité. Ça ne m’allait pas, alors pas du tout de jouer le rôle de la fille trahie, brisée et abusée. Encore, je n’avais pas l’impression d’en être une. Pour moi c’était du gagnant-gagnant, enfin je pense. Ou du moins, c’est le sentiment que j’ai toujours eu à éprouver. Il est souvent arrivé au terme d’une de mes relations qu’un de mes ex soit consterné par la joie que je dégageais après notre rupture. Il n’arrivait pas à comprendre à quel point je pouvais aisément passer d’une relation à une autre. Il s’interrogeait même sur la sincérité de ces paroles pleines de douceur et de tendresse que je l’avais tant de fois chuchotées à l’oreille lorsque nous étions enflammés de désir.

Le temps commençait à s’égrainer de façon progressive, m’imposant une redéfinition de mes priorités et parmi elles, le mariage venait en tête de liste. Tout compte fait, ce désir  de revêtir un nom supplémentaire devenait croissant. Alors voici la question que vous vous  posez certainement : Et bien si elle n’a pas pu tenir une  relation plus de 6 mois parviendrait-elle à retenir un homme jusqu’au mariage ? Question pertinente je vous le concède. Une question que j’ai fait fi d’ignorer et qui m’a lamentablement conduite à une série de fiançailles.

Pour mes premières fiançailles, le gars m’avait fait alerter toute la troupe. Des jalouses j’en avais créées. Ces mérites j’en avais exhibés, un  Banquier ? J’avais l’impression d’avoir été engloutie par une niche de miel. Faut dire que j’avais mis la charrue avant les bœufs. Eh ah, moi-même, je n’étais pas facile. Donc après avoir fanfaronnée, je devais rappeler toute la meute pour leur annoncer notre rupture car après trois mois le gars m’avait déposé tranquillement pour se réfugier dans les bras de son ex. Enfin bref ! J’avais mis cela sur le compte d’un faux départ, et comme à chaque course, je devais me remettre en selle. Il était juste question de remballer les affaires car la première saison  venait de s’achever et je m’apprêtais inconsciemment à tourner la prochaine.

Pour la deuxième saison,  j’avais décidé d’aller mollo mollo, j’ai choisi d’en parler juste à des proches. A leur tour ils ont ameuté le reste de la famille. Le gars ne c’était même pas encore totalement prononcé sur la question que mes copines l’avait déjà surnommé mon « beau ». Quatre mois de relation plus tard, j’ai découvert que j’étais inscrite sur la longue liste d’attente de fiancées dont il disposait et pire encore, même du top 3 je n’en faisais pas partie. A la suite de cette découverte, j’ai commencé avec le chantage comme quoi il devait choisir et j’ai même menacé de le quitter. Hum ! Le bonhomme m’a clairement rétorqué que je devais me battre pour être en tête de liste. Pour faire court, je devais faire mes preuves.  Apres quelques semaines sur ce ring  de la conquête amoureuse, j’étais mise KO par une adversaire plus coriace. Résultats des courses, je devais une fois encore me remettre en selle. Je restais motivée, mais tout au fond de moi, je sentais la panique et les inquiétudes surgir peu à peu. Le plus dur à la fin d’une saison étaient ces explications qu’ils faillaient donner à la famille après la disparition soudaine du tenant du rôle principal.

L’échec de mes troisièmes fiançailles me fis réaliser que cette règle c’était infiltrée en moi. Je l’avais dans la peau, elle m’avait infectée jusqu’à la moelle. J’avais clôturé et classé la série tout entière.  Je n’étais plus de la partie. J’avais totalement abandonné la  course quand contre tout attente, surgit dans ma vie, un parfait gentleman,  attentionné, motivé et prêt à se donner entièrement à moi.  C’est vrai qu’en matière de  ndolo, je ne l’aimais pas vraiment mais son engagement et l’amour qu’il semblait avoir à mon égard parvenaient subtilement à gommer mes angoisses. De fil en aiguille, notre relation s’était construite en brisant à elle seule cette règle de trois-à-six, pour moi c’était un signe : il y avait de l’espoir.  Pour avoir franchir ce cap, le gars méritait que je le présente en grande pompe dans la famille.  Je venais donc d’enclencher la saison 4 de la série. Ah oui, j’en étais arrivée à la quatrième. Les préparatifs de mariage étaient enclenchés : téléchargement des photos sur internet, choix du site de mariage, choix du témoin, dates de la dot et de l’état civil,  presque arrêtées. Et puis un soir, plongée dans le noir habituel d’ENEO,  mon téléphone sonna. Je me souviens avoir bondi pour le récupérer et je découvris avec ce large sourire qui couvrait mon visage cette courte phrase dépourvu de toute ambiguïté : « Je veux qu’on arrête tout ! »

Le gars venait réellement de créer une exception à ma règle. En battant tous les record, il était parvenu à créer un précédent. J’étais à la fois comblée d’admiration par son talent d’acteur et totalement brisé par le paradoxe de ma vie

 

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