Couleurs de Vie

Rire pour cacher ses souffrances, rire encore plus fort pour étouffer ses larmes

Menu

Blog

Dschang, la ville hybride

Je suis le cliché parfait du type de fille qui a du mal à s’attacher, mais une fois que c’est fait…suivez mon regard. La première fois que je suis arrivée dans cette ville qui est devenue ma ville de cœur, je suis restée bouche bée. Les yeux étincelants au contact de la splendeur de son lac, elle a su faire jaillir en moi un brûlant désir d’y rester. Dschang n’est pas ce village ou ce coin perdu donc tout le monde semble ignorer l’existence. Bien plus, c’est un lieu magique. Elle n’est ni une ville, ni un village. Dschang se situe dans ce vaste champ de ce que l’on considère comme des villes hybrides. N’allez pas croire qu’elle correspond au standard international des villes hybrides, bien au contraire, son hybridité se réfère au fait qu’elle possède à la fois les attributs d’une ville et d’un village. Donc, Dschang est un hybride, une ville métisse.

Oui, j’aime cet « hybride » pour sa tranquillité et aussi pour ses dérives. La caractéristique principale d’une ville métisse réside dans sa capacité à offrir le meilleur des deux mondes. Elle s’offre à nous en nous immergeant d’une double saveur du village et de la ville. Un vrai régal. L’un de ses ragoûts favoris c’est son penchant pour la sorcellerie. À Dschang comme dans tous les villages une mort n’est jamais simple. Je me souviens du décès d’un célèbre gardien de club dans un village voisin, les médecins l’avaient déclaré mort des suites de paludisme. Telle une vague féroce dans une mer agité, la nouvelle avait été irritée  plus d’une personne : Comment pouvaient ils dire qu’il est mort du palu ?  Cette mort n’était pas simple. Il ne pouvait pas mourir d’un simple palu, c’est clair qu’on l’avait vendu pour la gloire de son club.

Une autre saveur du village qu’on retrouve dans cette ville hybride, c’est la présence des grands débatteurs. Ici on n’a pas le temps de suivre les grands débats télévisés, on en crée. Et pour les faire, deux ingrédients sont impératifs: le fighter (whisky en sachet) et le matango (vin de palme). L’un ou l’autre de ces ingrédients est parfois suffisant pour doter ses consommateurs des talents d’orateurs et à placer les protagonistes dans une arène. Car, c’est après avoir ingurgité une grande quantité de ces liqueurs que surgissent les vrais débats.  C’est au matango club que les véritables réponses stratégiques sur la vie politique du camer explosent. Comme par exemple pourquoi  Paul Biya a choisi de libérer Kamto son principal opposant après le grand dialogue national. Enfin, d’après nos débateurs, Biya avait peur de Kamto, ceci expliquant cela.

Dans cet espace hybride, on y retrouve aussi le spectre de la ville comme les passages à niveau. La particularité de nos passages à niveau c’est qu’ils sont saisonniers ceci pour la simple raison qu’ils apparaissent en saison sèche et s’effacent en saison de pluies. Je me souviens l’année dernière, c’est à la mi- saison que ce passage a été refait, et l’après-midi, une grande pluie a lessivé tout le travail réalisé. Ne laissant que quelques traces à peines visibles de passage à niveau. La chose la plus fascinante et paradoxale, c’est le fait que très peu de personnes savent à quoi sert ce passage. Parfois, je m’interroge sur ce qui motive notre mairie à s’affliger une telle peine d’autant plus que les personnes cibles ne s’y intéressent pas.  Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai vu des piétons traverser en grande pompe ces passages et même  certains qui se font insultés et menacés par chauffeurs. Un vrai désordre urbain digne des villes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *